Un éclairage au sujet du principe du double lien et de l’élection des délégués de cercle

Par Thomas Marshall – Cercle Contenu SoFra1 – le 23 juin 2026

Résumé

Dans Chaque voix compte, les auteurs préconisent qu’un cercle parent recevant un nouveau membre, suite à son élection par le cercle enfant en tant que délégué, doit d’abord entériner par consentement l’inclusion de cette personne. Tandis que dans la méthode sociocratique telle que présentée par Gerard Endenburg, l’application du principe du double lien se traduit par l’autorité donnée à chaque cercle de nommer directement un ou plusieurs représentant.e.s pour siéger dans le cercle parent. Nous discutons les arguments des auteurs et mettons en évidence d’autres dispositifs permettant un contrôle a posteriori, en cas de dysfonctionnement dans un cercle, causé par un-e délégué-e.

1. Les intentions de cet article

A la suite d’un retour sur une discussion entre professionnels agréés du Centre Français de Sociocratie2 , il nous paraît important d’éclairer les lecteurs et lectrices de Chaque voix compte, ouvrage de Ted Rau et Jerry Koch-Gonzalez dont nous avons réalisé la traduction en français3 . Les auteurs expriment ouvertement dès le premier chapitre : “Nous ne voulons pas que ce livre soit normatif” (p. 7). Toutefois, la difficulté d’accès pour les francophones aux sources de la méthode sociocratique et l’absence d’autres ouvrages aussi complets en fait à ce jour une référence importante. De nombreuses organisations et professionnels sont donc susceptibles, aujourd’hui et à l’avenir, de fonder leur pratique sur les préconisations de ce livre, en considérant qu’elles font autorité4.

C’est pourquoi nous voulons attirer votre attention sur un point de désaccord que nous avons avec les auteurs, concernant les modalités d’élection des délégués par les cercles5. En effet, comme nous allons l’expliquer, il ne s’agit pas seulement d’une question de procédure, mais cela touche à l’application d’un principe essentiel en sociocratie, celui du double-lien. Ce qui donne aussi l’occasion d’en revisiter le sens et les enjeux pour la gouvernance.

2. Pourquoi élire un-e délégué-e de cercle ?

Le second chapitre présente les concepts de base pour établir une structure organisationnelle sociocratique. Dans la section 2.3.1 qui nous intéresse, les auteurs présentent les rôles essentiels au fonctionnement d’un cercle sociocratique : leader, facilitateur, secrétaire, délégué (p.38). Plus de détails à propos du rôle de délégué sont développés plus loin.

Le délégué est non seulement une voix qui ramène de l’information, mais aussi un membre à part entière des deux cercles ; le délégué a le droit au consentement dans les deux cercles. Ceci est crucial pour établir et maintenir l’équivalence entre les cercles. Le fait d’avoir un délégué favorise une vraie rétroaction dans les deux sens.  (p. 41)

Ce passage met bien en évidence le sens d’élire un membre du cercle pour le représenter dans le cercle de niveau plus général : en ayant les mêmes droits dans la prise de décision de ce cercle, le rôle de délégué garantit que ces cercles reliés sont à équivalence – c’est-à-dire que ce  cercle ne peut pas exercer de façon unilatérale son pouvoir sur le cercle de niveau plus spécifique d’où vient le délégué. La règle du consentement peut ainsi s’exercer dans le processus décisionnel de façon indirecte, à travers tout un ensemble de cercles reliés.

3. Comment élire un-e délégué-e de cercle ?

Voici le contenu de la page suivante qui fait débat : 

Chaque voix compte second lien Page 2 2 scaled - - Sociocracy For All

Il est prescrit par les auteurs une procédure en 2 temps : 

  • D’abord une sélection (ou élection sans candidat) au sein du cercle enfant,
  • Puis une décision par consentement pour confirmer l’inclusion dans le cercle parent du – de la déléguée.

Cette procédure implique que la nomination pour le rôle de délégué fasse partie du domaine conjoint des 2 cercles, de façon similaire à ce qui est prévu pour la nomination du rôle de leader (si ce n’est que l’initiative d’une nomination de leader peut venir soit du cercle enfant soit du cercle parent, cf p.40).

Il y a sur ce point une divergence avec la méthode sociocratique telle que formalisée par Gerard Endenburg, et telle que je l’ai toujours vue pratiquée à ce jour (notamment au Centre Français de Sociocratie, mais aussi dans les cercles de Sociocracy For All) : le délégué élu par un cercle enfant devient automatiquement membre du cercle parent, en application du principe du double lien.

4. Y a-t-il une contradiction entre le principe du consentement et le principe du double lien ?

En appui de ces 2 versions divergentes concernant l’élection pour le rôle de délégué, les arguments mettent en tension deux principes, ou règles de base, de la sociocratie.

Le consentement

Les auteurs de Chaque voix compte mettent implicitement en avant la règle du consentement :
Cette disposition assure que chaque cercle a le plein contrôle sur qui sont ses membres.

Il leur paraît sain, pour le bon fonctionnement d’un cercle, de pouvoir empêcher l’arrivée d’un-e délégué-e si une objection à l’inclusion de cette nouvelle personne dans le cercle apparaît (pourvu que l’objection soit argumentée et qu’elle ne puisse pas être levée par le cercle).

Il est vrai que de façon générale, l’inclusion d’une nouvelle personne dans un cercle est une décision d’orientation, et à ce titre qu’elle doit recueillir le consentement des autres membres du cercle.

Toutefois, il est étonnant que l’exemple donné pour illustrer l’intérêt de cette procédure en 2 temps n’évoque pas une objection ayant permis de prévenir les conséquences négatives de l’inclusion d’un délégué. Elle évoque des difficultés importantes et anciennes dans le fonctionnement du cercle général d’une organisation internationale, causées par 2 délégués. Le principe d’un consentement initial (formel ou non) donné à leur inclusion dans le cercle sert ici de justification au fait de pouvoir remettre en question le mandat de ces délégués.

Finalement, l’exemple donné pose une question plus générale, celle des moyens disciplinaires dont un cercle sociocratique peut disposer pour se prémunir de comportements qui nuisent à son bon fonctionnement et donc à la poursuite de son but. N’importe quel membre d’un cercle est susceptible d’avoir de tels comportements. Ce qui apparaît de spécifique dans l’exemple proposé, c’est que les autres membres de ce cercle général croyaient ne pas être légitimes à exclure des délégués, dans le mesure où la décision de leur nomination venait d’un autre cercle.

Nous sommes d’accord qu’un cercle sociocratique doit pouvoir réguler le comportement de ses membres, y compris des délégués élus par un cercle enfant, de façon à préserver son bon fonctionnement en tant qu’instance décisionnelle. Mais le fait d’introduire une décision par consentement pour entériner l’inclusion d’un nouveau délégué pose problème par rapport à un autre principe tout aussi important que celui du consentement, le principe du double lien.

Le double lien

Le principe du double lien a été conçu par Gerard Endenburg pour garantir la possibilité d’une boucle de rétroaction entre deux cercles sociocratiques, ce qu’il nomme “un processus circulaire”, selon le vocabulaire de la cybernétique. Un double lien entre des cercles est constitué d’au moins 2 personnes différentes prenant en charge un lien descendant (le leader opérationnel) et un lien ascendant (le délégué). Il s’agit ainsi d’empêcher le “pouvoir sur”, qui est un processus linéaire : il ne peut pas être limité par ceux qui le subissent.

Or, on n’est pas à l’abri d’une reconstitution de cette forme de ‘pouvoir sur’, et donc d’affaiblir ou supprimer l’équivalence, dans une organisation où l’on utilise la méthode sociocratique. Il existe en effet toujours des tensions au sein d’une organisation, car ses membres ainsi que leurs sous-groupes ont différents intérêts et points de vue. Et l’expression de ces tensions peut faire peur.
Or, les cercles sociocratiques n’ont pas vocation à neutraliser ces tensions pour instaurer une paix de façade : au contraire, il s’agit de donner un cadre de sécurité robuste pour que les tensions et les conflits éventuels puissent être reconnus et trouver des solutions constructives par le dialogue, dans la perspective des finalités communes (celles du cercle et celles de l’organisation).

Si la nomination d’un-e délégué-e requiert également une confirmation par les membres du cercle du dessus, la boucle de rétroaction peut être facilement bloquée, remettant en cause l’équivalence entre les cercles :

  • Soit parce que les membres du cercle enfant s’auto-censurent, anticipant que tel candidat risque de susciter une objection dans le cercle parent, bien qu’il aurait la capacité à s’exprimer avec franchise et assurance pour défendre la perspective de cette équipe. Dès lors, par souci de “réalisme” ou d’ “efficacité”, ils éliront une personne plus consensuelle, avec le risque que celle-ci ait plus de mal à représenter son cercle de façon effective et à objecter si nécessaire à certaines décisions qui auraient des conséquences négatives sur son équipe.
  • Soit parce que la possibilité d’objecter à l’inclusion d’un-e délégué-e donne l’occasion de mettre en place des jeux de pouvoir. Que ce soit par des arguments manipulatoires, qui peuvent être difficiles à neutraliser dans l’animation ; ou encore par le fait que des problèmes interpersonnels passés soient évoqués et suscitent la crainte d’avoir à traiter un conflit alors que le cercle a déjà bien du pain sur la planche…

L’expression d’un pouvoir ascendant par le biais de l’élection du double lien ne doit pas être conditionnelle, même si la situation qui en résulte peut être inconfortable.

5. Une cohérence qui découle des règles de la sociocratie

Il me semble que la contradiction apparente entre principe de consentement et principe du double lien à ce sujet peut apparaître dans un contexte où la sociocratie sera utilisée sans une base formelle suffisamment claire et partagée, et donc selon le bon vouloir des utilisateurs. Dans ce cas, en effet, l’interprétation que chacun-e se fait de ce qui serait sociocratique ou non, et donc légitime pour le fonctionnement collectif, a une part d’arbitraire : il s’agit de la logique propre à un certain raisonnement, tandis qu’une autre personne peut faire valoir une logique contraire.

L’équivalence s’efface alors au profit du règne de l’inégalité des positions d’influence informelle dans le groupe : c’est la personne la plus experte, la plus charismatique, la plus ancienne, ou encore la plus impliquée financièrement dans le groupe, qui tranchera in fine.

Il s’agit d’une situation périlleuse, car l’incapacité à se mettre d’accord sur l’application du cadre collectif en dehors du recours à une autorité personnelle peut entraîner le retour des luttes de pouvoir, se soldant par la division entre les gagnants et les perdants – voire même un effondrement du collectif à l’issue duquel il n’y a que des perdants.

Si l’on veut se prémunir de tels aléas, en prenant aussi en compte que tout être humain est faillible, quel que soit habituellement ses qualités et sa “posture”, la sociocratie doit être instituée juridiquement. Cette méthode a été conçue pour bâtir une gouvernance, c’est-à-dire un cadre de droit qui régule l’exercice du pouvoir. Bien sûr, cela suppose aussi des êtres humains qui connaissent et comprennent ce droit pour le faire prévaloir sur les tentations de certain-es d’imposer leur volonté, leurs affects à tous. Mais sans ce droit, ce ne sont que les rapports de force qui peuvent limiter les prétentions à la suprématie de quelques-uns.

C’est pourquoi la clarté de la description des règles sociocratiques rédigées dans les statuts d’une organisation et/ou dans un règlement intérieur, une charte ou tout autre document de référence, est nécessaire. Chaque voix compte peut vous aider à progresser dans vos connaissances et dans votre pratique : mais ce livre (ni aucun autre) ne peut être la référence à partir de laquelle arbitrer des conflits d’interprétation sur ce que “sociocratie” veut dire, si vous avez choisi de fonctionner de cette manière dans votre organisation sans dire plus précisément ce que cela implique.

Au-delà des développements théoriques, Gerard Endenburg a publié dans ses livres des modèles de statut et il en commente les points essentiels. Concernant les principes sociocratiques, voici ce qu’on lire en particulier dans un modèle pour une fondation gérée de façon sociocratique6

“Organizational model
Article 3 : 

The foundation shall be structured in accordance with the model of sociocratic circle organization. This implies that its organization shall consist of circles and that decision-making shall be governed by the principle of consent.
In all cases, a lower-order circle shall be linked to a higher-order circle in such a way that at least two people, namely the leader and elected representative of the given circle, are also members of the next higher circle.”

En voici une traduction : 

« Article 3 :  Principes de gouvernance

La fondation sera structurée selon le mode de gouvernance sociocratique. Cela implique que sa gouvernance sera composée de cercles et que la prise de décision sera régie par le principe du consentement.

Dans tous les cas, un cercle de niveau plus bas sera relié à un cercle de niveau plus haut de telle sorte qu’au moins deux personnes, à savoir le responsable et le représentant élu du cercle concerné, soient également membres du cercle de niveau immédiatement supérieur. »

Les 3 principales règles de la sociocratie sont ici résumées dans un ensemble simple et cohérent. Chacun de ces principes s’applique combiné aux deux autres et non de façon séparée. Plus de précisions sont données ensuite.

Une telle règle statutaire implique qu’une personne élue pour représenter un cercle devient de droit membre du cercle du niveau au-dessus. Ainsi, le cercle en question n’a pas à consentir à l’intégration de ce nouveau membre puisque c’est la règle à laquelle tous ont déjà consenti en rejoignant une organisation ayant de tels statuts.

On remarquera également qu’il est mentionné au moins 2 personnes, ce qui signifie que le double lien est composé de 2 fonctions distinctes (ou rôles) qui peuvent être attribuées chacune à une ou plusieurs personnes. Ce point est développé plus loin dans l’article 7 au sujet des élections :

  1. “Each circle shall elect one or more of its members to represent that circle, together with the leader(s) of the circle, in the next higher circle.
  2. Individuals shall be elected in accordance with the principle of consent after open discussion, at a meeting duly convened for that purpose.
  3. Individuals may fulfil several functions simultaneously, provided such is not incompatible on constitutional, functional or legal grounds.
  4. The circles shall be free in the choice of individuals, provided the candidates are connected to the foundation in some way.”

En voici une traduction : 

« 1. Chaque cercle élit un ou plusieurs de ses membres pour le représenter, aux côtés du ou des responsables du cercle, au sein du cercle de niveau immédiatement supérieur.

2. Les personnes sont élues selon le principe du consentement, à l’issue d’une discussion ouverte, lors d’une réunion dûment convoquée à cet effet.

3. Les personnes peuvent exercer plusieurs fonctions simultanément, à condition que celles-ci ne soient pas incompatibles pour des raisons statutaires, fonctionnelles ou légales.

4. Les cercles sont libres dans le choix des personnes, à condition que les candidats aient un lien quelconque avec la fondation. »

Il est intéressant de voir ici dans le point 2 la présentation originale de la 4ème règle de la sociocratie : le processus de l’élection sans candidat n’y est pas prescrit en tant que tel.
Le point 3 permet d’empêcher que les élections des délégués de cercle ne produisent des résultats contraires aux intérêts essentiels de l’organisation. Dans ce cas, il ne sera pas nécessaire d’en discuter en cercle par le biais d’une objection : le ou la responsable de cercle concerné-e peut s’appuyer sur les statuts pour invalider une élection produisant une situation prohibée du point de vue du cumul de mandats.

Le point 4 permet d’autoriser l’élection d’une personne qui n’est pas encore membre du cercle concerné mais qui pourrait le devenir à la faveur de l’attribution de cette fonction de délégué-e.

6. Des dispositions à prendre pour corriger les dysfonctionnements éventuels

Dès lors que la nomination de délégués les rend de droit membres du cercle du dessus, quelles solutions pratiques pour faire face à des comportements de ces derniers qui nuiraient au bon fonctionnement du cercle ?

Il faut d’abord rappeler que n’importe quel membre d’un cercle est susceptible de causer du trouble, y compris son responsable ! L’équivalence dans un cercle implique aussi que tous les membres du cercle soient tenus de respecter les politiques du cercle, quels que soient leurs rôles.

Et donc chaque membre du cercle peut avoir à s’expliquer et à rendre des comptes d’éventuels comportements de transgression du cadre. Le fait d’identifier et de nommer le problème causé au cercle par ces comportements doit être possible pour chaque membre d’un cercle. C’est cette responsabilité partagée qui permet à un cercle sociocratique d’être un espace d’autorégulation, y compris vis-à-vis des personnes portant les rôles de facilitateur, secrétaire, responsable de cercle. Bien sûr, ce n’est pas facile de confronter ouvertement le comportement de quelqu’un. Cela s’apprend, et cela suppose aussi d’avoir construit un cadre de sécurité suffisant pour le collectif – en amont !

Si un cercle rencontre des difficultés de cet ordre avec un-e délégué-e, ce n’est donc pas la nomination d’une personne inadéquate par le cercle du dessous qui est d’abord en cause : cela peut signifier que le cercle, et peut-être même l’organisation toute entière, manque de clarté ou d’efficacité sur : 

  • son cadre de fonctionnement, ses règles (le règlement intérieur par exemple) ;
  • les moyens pour faire vivre ce cadre dans le travail et les relations au sein de l’organisation ;
  • les mécanismes par lesquels les comportements préjudiciables au collectif et à ses membres peuvent être corrigés.

La notion de sanction est parfois rejetée du fait de ses connotations autoritaires. Souvenons-nous qu’il est très différent de vivre dans un environnement sociocratique où les mécanismes de sanction ont fait l’objet d’un consentement par les participants. Si besoin, il est tout à fait possible d’employer un autre mot.

Mais on ne peut pas nier le besoin de sécurité et d’équité du groupe : pour cela, nous avons besoin de pouvoir déclencher des conséquences légitimes proportionnées face à des transgressions du cadre qui a été consenti.

Ce sujet plus général de la règle, de son application et de la sanction des transgressions dans le cadre d’une gouvernance sociocratique nécessiterait un autre article. On peut aussi trouver des pistes à ce sujet dans Chaque voix compte (p.36-37).

De manière pratique, avec un-e délégué-e également, il est tout à fait possible de mobiliser le processus sociocratique d’exclusion d’un membre d’un cercle, et d’aboutir à la conclusion d’une impossibilité qu’aurait cette personne à se mettre au service du but du cercle, dans le respect de son fonctionnement et de ses règles. Même si le cercle n’a pas donné un consentement initial à l’arrivée de cette personne, puisqu’elle a été nommée comme déléguée, décider d’une exclusion est possible.

Sans aller jusqu’à l’exclusion, le fait d’aborder ouvertement le problème avec cette personne (en entretien individuel, en réunion de cercle ou dans le cadre d’un cercle de soutien…) peut la conduire à la prise de conscience qu’elle ne se sent pas à sa place dans ce cercle et elle pourrait démissionner de ce rôle. 

Dans les deux cas, le cercle l’ayant nommée initialement recevrait ainsi une information claire sur les problèmes survenus et pourra en tirer des apprentissages collectifs à son niveau, avec la personne concernée. Puis ce cercle organisera une nouvelle élection pour ce rôle devenu vacant.

En conclusion

Il est bon de se rappeler que la sociocratie n’a pas pour prétention de supprimer les problèmes et les conflits qui peuvent exister dans n’importe quelle organisation humaine. Elle vise à créer un environnement collectif sain dans lequel les personnes et les groupes peuvent prendre ensemble la responsabilité de s’autoréguler mutuellement. Les principes de la sociocratie se combinent pour ouvrir un tel espace et en protéger la pérennité.

Et oui, la vie collective n’est pas toujours de tout repos. Mais si à chaque défi rencontré on peut apprendre et évoluer ensemble, alors c’est le signe que la sociocratie n’est plus seulement une méthode, qu’elle est véritablement intégrée et vécue.

Notes

    1. SoFra (Sociocratie en Francophonie) est une branche de Sociocracy For All Network, une organisation sans but lucratif. ↩︎
    2. Une association sans but lucratif basée en France, qui est partenaire de SoFA depuis novembre 2021. L’auteur de cet article porte des responsabilités dans les deux organisations. ↩︎
    3. Chaque voix compte a été publié par Sociocracy For All en août 2024. L’ouvrage original a pour titre Many Voices One Song. ↩︎
    4. Les auteurs précisent plus loin (p.9, 10) qu’ils s’inscrivent dans “la sociocratie “classique”, c’est-à-dire directement issue de Gerard Endenburg et de la Méthode sociocratique de gouvernance (…) La question de savoir si ‘Chaque voix compte’ est fidèle à la sociocratie classique sera débattue. Nous n’avons pas l’intention, avec ce livre, de lancer une autre variante”. Nous répondons donc à une invitation des auteurs et partageons leur intention. ↩︎
    5. Ce point a échappé à notre vigilance lors de la traduction. Sinon, nous aurions ajouté a minima une note de bas de page. ↩︎
    6. G. Endenburg, Sociocracy: The organization of decision making (Eburon, 1998) : p. 194. Article repris et commenté p.104 et 105. Le même texte apparaît dans le modèle pour les statuts d’une entreprise. ↩︎